8e melakha interdite le Chabbat – Moudre (To‘hen)

Travaux interdits – 8e Melakha : To’hen (Moudre)

Av mélakha

Celui qui moud du blé ou de l’orge, ou qui pile du poivre ou des épices dans un mortier, transgresse l’interdiction de la Torah « moudre ».

Tolada de « moudre »

De même que « moudre« , c’est-à-dire émietter quelque chose en particules très fines, couper des ou des légumes en très petits morceaux est une interdiction de la Torah, en tant que tolada de « moudre ».

Couper des fruits et des légumes pour usage immédiat

Cependant, l’interdiction de couper très finement des fruits et des légumes ne s’applique qu’au cas où on envisagerait de les consommer ultérieurement. Mais si on désire les manger tout de suite, cela sera permis car c’est de cette façon qu’on les mange et la Torah n’a pas défendu de manger les aliments en petits morceaux.

Application pratique

A condition que ce soit pour une consommation immédiate, on a le droit le Chabbath de couper des fruits et des légumes en très petits morceaux pour préparer une salade. Mais certaines maîtresses de maison ont l’habitude, avant le repas du soir, de préparer de cette manière la quantité nécessaire aux trois repas et de rajouter dans la salade l’assaisonnement avant chaque repas. Ce n’est évidemment pas ainsi qu’il faut faire et ces transgressent la tolada de « moudre » qui est une interdiction de la Torah. Il nous faut leur expliquer de manière claire et aimable combien cette interdiction est grave ; si elles ne peuvent pas couper les fruits et les légumes avant chaque repas, on doit leur conseiller de les couper en morceaux un peu plus gros et ainsi ne sera-t-il même pas défendu de les manger ultérieurement. Sinon, il faut qu’elles prévoient de le faire avant l’entrée de Chabbath et elles pourront, sans crainte de transgression, ajouter les condiments le Chabbath.

Transgression de l’interdit de couper

Celui qui aura coupé des fruits ou des légumes très finement sans l’intention de manger la salade tout de suite, aura le droit malgré tout de la consommer le Chabbath.

En effet, ainsi que nous l’avons expliqué au sujet de « cuire le Chabbath« , ce sont les Sages qui ont interdit de profiter de cette transgression (interdiction midérabbanan). Dans le cas où les décisionnaires ont des opinions divergentes concernant un certain acte, certains étant d’avis que c’est permis, bien qu’il ait été décidé finalement que l’acte est interdit, le fait d’en profiter est un cas de safek midérabbanan (doute qu’ont les Sages). Et une règle importante est en vigueur : « safek dérabbanan lékoula » (en cas de doute concernant une règle statuée par les Sages, on prend l’opinion la moins sévère). Et comme les « Richonim » ne sont pas tous d’accord que l’interdit de moudre s’applique à la consommation de fruits et de légumes frais, même s’ils ont été coupés en très petits morceaux, il sera autorisé de les manger. (‘Hazon ‘Ovadia, note T.4, p.118)

Que signifie « immédiatement » ? Ainsi que cela a été défini pour le travail de « trier », le délai permis pour couper très finement des légumes sera différent selon qu’on le fait pour les besoins du repas ou non.

Écraser des bananes et des pommes de terre

Il est permis, lekhat’hila (a priori) et de manière habituelle, d’écraser avec une fourchette des bananes, des avocats, des tomates ou des pommes de terre cuites, afin de les consommer immédiatement. Et c’est pourquoi, les nombreux juifs qui ont l’habitude d’écraser les œufs ou les pommes de terre composant le ‘hamin (ragoût tenu au chaud, dafina ou tchoulent) peuvent le faire même lekhat’hila, selon l’opinion des « Richonim » tels que le Choul’han ‘Aroukh, le Rama et de nombreux « A’haronim« . « Et les humbles mangeront et seront rassasiés. » (Psaume 22, 27)

D’ailleurs, le Rav Moché Feinstein, dans son livre Igrot Moché, n’hésite pas à repousser les arguments d’un décisionnaire qui veut être encore plus sévère, en s’appuyant sur l’opinion du Rama qui permet explicitement de couper très finement les légumes en vue d’une consommation immédiate et sur l’avis de nombreux « A’haronim« . Mais les décisionnaires qui exigent de couper les légumes finement pour une consommation immédiate, n’envisagent que le cas où l’on coupe les légumes en de tout petits morceaux, action ressemblant par cela à moudre du blé, c’est-à-dire à réduire un bloc en de nombreuses parties. Et selon tous les avis, il est permis d’écraser une banane ou un avocat avec une fourchette car, tout au contraire, on n’obtient qu’une bouillie épaisse. Et par suite, l’opinion de ce décisionnaire particulièrement strict n’est pas compréhensible ; de plus, cette opinion est minoritaire et n’est en général pas suivie par le public. Et le principe est donc de permettre en vue d’une consommation immédiate.

Le Rav ‘Ovadia Yossef écrit dans son livre Halikhot ‘Olam qu’il faut tenir compte de l’opinion des décisionnaires pour qui l’interdiction ne concerne que les légumes que l’on ne peut pas consommer frais et que l’on coupe très finement pour les cuire ; mais au sujet des légumes comestibles frais, ces décisionnaires permettent lekhat’hila, même s’ils ont été coupés très finement en vue d’une consommation ultérieure. Et c’est l’opinion de la plupart des « Richonim » tels que : Rabbénou Its’hak des Baalei Tosfot, le (Maïmonide), le Ramban (Na’hamanide), etc. Mais il est vrai que Rabbi Yossef Karo dans le Choul’han ‘Aroukh a craint l’opinion des décisionnaires qui se montrent stricts et a statué qu’il est interdit de couper les légumes en très petits morceaux sans distinguer ceux qui sont frais de ceux qui sont cuits. Et évidemment, il est possible de tenir compte de l’avis de la plupart des « Richonim » pour autoriser les bananes qui se mangent non cuites ou les pommes de terre qui ont déjà été cuisinées ainsi que le Beth Yossef lui-même le fait pour permettre de couper les légumes très finement. Et pourquoi devrions-nous nous encombrer des opinions sévères et minoritaires et nous élever contre les avis du Rachba, de Rabbi Yossef Karo, du Rama, du Gaon de Vilna et de tous les autre « A’haronim » qui ont permis de couper très finement les légumes pour les consommer tout de suite et tout cela pour se montrer sévère à l’égard d’une tradition qui est de ne pas être strict, ainsi qu’en ont décidé dans leur grandeur nos maîtres les « A’haronim » ?

Râpe et planche à découper

Il est interdit le Chabbath d’utiliser une râpe car cela ressemble à un acte exécuté pendant la semaine mais, par contre, on peut employer une planche à découper. (‘Hazon ‘Ovadia, note T.4, p.120, 122)

Il est également permis d’utiliser un coupe-œuf le Chabbath. (Yalkout Yossef T.3, p.392)

Il n’y a pas de mouture après avoir moulu

Règle concernant « moudre » : Si un objet a été moulu et qu’après avoir séché il a retrouvé sa forme initiale, il sera permis de le moudre de nouveau car il n’y a pas d’interdiction de moudre quelque chose qui a déjà été moulu. (Yalkout Yossef T.3, p.390)

Par conséquent, il sera autorisé d’émietter du pain et de le donner aux poules puisque le blé a déjà été moulu, transformé en farine et cuit pour en faire du pain. (Yalkout Yossef T.3, p.390)

De même, il sera permis de réduire en poudre avec le bout des doigts du tabac à priser qui a séché et s’est aggloméré. (‘Hazon ‘Ovadia, note T.4, p.127)

Tache sur un vêtement

Pour enlever une tache de boue d’un vêtement le Chabbath, on a le droit de frotter l’un sur l’autre l’envers de l’habit mais non pas l’extérieur. On aura également le droit de racler le vêtement avec l’ongle même le côté sali bien que la boue se pulvérise car il n’y a pas d’interdiction de moudre quelque chose qui a déjà été moulu. (‘Hazon ‘Ovadia, note T.4, p.125)

Autre règle concernant « moudre »

L’interdiction de « moudre » des aliments ne touche que les produits végétaux.

Ainsi, on a le droit de couper finement avec un couteau de la viande cuite ou du fromage dur même sans intention de les manger tout de suite car ce ne sont pas des produits végétaux. On peut également les écraser avec une fourchette. (‘Hazon ‘Ovadia, note T.4, p.122)

Source : « Lois & Récits de Chabbath » aux Editions Torah-Box